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L'instituteur et son chien noir

Souviens-toi, Lucie, dans le jardin des agapanthes, l’été dernier. Nous avions fredonné les paroles de ma plus belle histoire d’amour, c’est vous. Tu m’avais dit, je m’en souviens très bien : « j’aime beaucoup Barbara mais j’ai toujours le sentiment qu’elle hésite à chanter, qu’elle préfère le murmure comme si chaque mot était une épreuve et c’est ce qui, de mon point de vue, la rend si singulière. Tu ne trouves pas ? ». Et moi, parce que je ne savais qu’ajouter à tes remarques, je t’ai avoué que sa chanson « si la photo est bonne » était ma préférée. Pourtant elle me renvoyait à des souvenirs douloureux. Des souvenirs qui remontaient à mes débuts professionnels dans cette école de l’Est du département de la Somme. C’était la toute première fois que je faisais allusion à cette période de ma vie dans nos conversations. Ces souvenirs habitaient mes pensées quand je les invitais à revisiter les évènements de l’année 1975 : la disparition brutale de Jean-Marie Houdain, mes semaines de dépression qui suivirent ce tragique événement. Longtemps j’ai ressassé les brefs moments que nous avions partagés, lui et moi, dans l’intimité de son bureau. Ils avaient précédé de quelques semaines son décès. Au téléphone, trois jours avant notre première rencontre, ce journaliste aux Dernières Nouvelles de la Somme m’avait imposé une condition : « ça peut m’intéresser si la photo est bonne. »

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Les Sacrifiés de la Somme

Doullens, octobre 1923 Un jeune policier était arrivé chez nous au printemps de l’année 1920. Il s'appelait Jules Mistral. Il venait du Sud. Son accent chantant trahissait ses origines méridionales. C'était un gentil garçon. Le visage pâle, presque féminin, un sourire comme celui d’un enfant malade et d'autres aspects de sa personnalité juraient avec la fonction de policier. Nous fûmes vite dans l'embarras car il apparaissait évident aux yeux de tous que ce garçon n'était pas fait pour ce métier. Je ne sus dire pour quelles raisons obscures il m'inspira de la pitié. Il m’arrive de rechercher dans mon journal les passages que je lui consacrais, les mois où il fut présent parmi nous. Sa disparition aussi soudaine que brutale hante mes nuits. Le remords habite ma conscience : je n’avais rien fait, ou si peu, pour empêcher que ne s’écrive, jour après jour, la chronique ordinaire de la lâcheté. J’ai beau me chercher quelques circonstances atténuantes et, parmi celles qui me viennent à l’esprit, l’enquête que nous menions sur le double assassinat de la rue du Vert Bout pourrait à elle seule justifier le peu de cas que nous faisions de sa présence à nos côtés. C’était une enquête rendue difficile par les atermoiements d’un homme dont je préfère aujourd’hui taire le nom tant il m’inspire de dégoût, une enquête à l’issue de laquelle il fut établi qu’ Edmond Masse avait assassiné sauvagement Claude Blanchard et Marie Karadec.

Livre n° 1
Livre n° 2
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